Bruno, chirurgien du patrimoine photographique
Série
Mise à jour le 04/03/2026
Il dépoussière, nettoie, stabilise des clichés anciens, des diapositives ou même des daguerréotypes. Bruno est conservateur-restaurateur au sein du Département de préservation du patrimoine photographique (D3P). Un travail d’orfèvre, où chaque geste protège la mémoire des images.
« Nous sommes des passeurs dans la vie de la photographie. Nous aurons bien travaillé si personne ne voit que nous sommes intervenus ! »
conservateur-restaurateur de photographie
Plus qu’une image
« Pour nous, conservateurs-restaurateurs, les
photographies sont des objets véhiculant une image, des matériaux assemblés et
des composants divers. Notre rôle : aider à la transmission de ces œuvres,
stopper leur dégradation, les stabiliser, les consolider », explique Bruno, chef
d’atelier au Département pour la préservation du patrimoine photographique
(D3P). Avec ses cinq collègues, il veille sur plus de 16 millions de pièces – de daguerréotypes du XIXe siècle aux clichés d’artistes contemporains
– conservées dans les musées municipaux, les archives et les bibliothèques
parisiennes. Un patrimoine unique à sauvegarder et à valoriser au quotidien.
Bruno Le Namouric, conservateur-restaurateur, réalise un passe-partout à l’aide d’une machine de découpe.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Une autochrome, une plaque photographique en couleurs sur verre, issue d’une technique industrielle inventée par les frères Lumière.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Agir en conservation curative nécessite d’être attentif à chaque geste…
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Le Département pour la préservation du patrimoine photographique (D3P) traite des milliers d’images par an.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
L’hôpital de la photographie
Dépoussiérer, désinfecter, humidifier, découper, mettre
sous poids : dans l’atelier de Bruno, pas d’ordinateur sur les bureaux. À
la place ? Des pinceaux japonais, des spatules et… une râpe à fromage, pour
réduire la gomme en poudre. « En France, avec tout au plus 40 conservateurs-restaurateurs
de photographies, aucun fabricant ne conçoit du matériel dédié à notre métier. Alors,
on emprunte nos outils de travail un peu partout, des beaux-arts aux arts
graphiques, en passant par le catalogue des dentistes ! » Rien d’étonnant,
dès lors, à le voir sortir de sa trousse un scalpel médical et entamer un geste
précis, presque chirurgical, sur un support. « On est en quelque sorte l’hôpital des photos ici ! » sourit-il.
La trousse à outils de Bruno est pleine de surprises.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Son collègue Loys, conservateur-restaurateur, travaille sur une autochrome.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
David, technicien de conservation, dépoussière une photographie.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Ce pulvérisateur d’eau sert à humidifier les objets photographiques.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
De nombreux ennemis
Au D3P, on distingue conservation préventive,
conservation curative et restauration. « La restauration, c’est
facultatif, car retoucher une lacune et redonner à une image sa lisibilité ne
prolonge pas la vie d’un tirage », précise le professionnel. En revanche,
nettoyer ou consolider est souvent crucial. Lumière, oxydation, polluants,
sulfuration, affaiblissements des colorants : les photographies sont des
matériaux complexes et fragiles, et leurs ennemis nombreux. « Si le composant
de l’image est altéré, c’est irréversible. » Alors, Bruno agit en amont –
dans son atelier, mais aussi sur site –, en réalisant un « bilan
sanitaire » qui permettra de ralentir l’inévitable afin de rendre l’œuvre
manipulable, exposable et numérisable.
Christophe, technicien de conservation, observe le revers d’une photographie avant de se lancer dans une opération de stabilisation.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Un défi à chaque nouvelle intervention
La mission du jour, confiée par la
responsable de collection de la
Bibliothèque historique de la Ville de Paris (Paris Centre) : séparer
des négatifs sur verre collés entre eux par un dégât des eaux. La tension
monte, le matériau est inflammable, cassant, fragile. Bruno glisse une lame de
rasoir dans un interstice, teste, observe. « On n’a pas de recette, pas de
solution miracle, mais de l’expérience… » À l’atelier, les
conservateurs-restaurateurs, qui envisagent chaque nouveau cas comme un défi,
font ce qu’ils peuvent pour sauver le matériau, sans obligation de résultat.
Demain, Bruno et son équipe se remettront sur
un travail au long cours, le dépoussiérage d’une série de 5 000 photographies de luminaires de l’entreprise Baguès conservées à la bibliothèque Forney
(Paris Centre). Puis, ils se rendront à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris pour nettoyer un ensemble de
300 négatifs sur verre de très grand format.
Des négatifs sur verre très dégradés ; ils représentent les bidonvilles du nord de Paris dans les années 1920.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Séparer des négatifs sur verre collés entre eux : une commande du responsable de collection de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (Paris Centre).
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Pour réussir le sauvetage de ces négatifs sur verre, Bruno a fait preuve de concentration et de patience. Et les images de « la zone » réapparaissent !
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Des gardiens du souvenir
Les tâches du conservateur restent invisibles.
« Nous sommes des passeurs dans la vie de la photographie. Nous aurons bien travaillé si personne ne voit que nous sommes intervenus ! » Pourtant,
son métier nécessite une inventivité considérable – en plus de connaissances en
histoire de l’art, en histoire de la photo ou en sciences appliquées… – et la
plus grande qualité requise : une patience infinie ! Au fil des ans, des milliers de clichés sont
passés entre les mains du chef d’atelier. Et, même s’il s’abstrait de l’image
pour se concentrer ici sur un coin déchiré, là sur une strie à soigner, il se
souvient avec émotion d’avoir manipulé des négatifs de Charles
Marville, qui a documenté la transformation de Paris sous Haussmann.
Wyke, conservatrice-restauratrice, se sert d’une spatule chauffante pour consolider les fenêtres de montage de l’album de famille de George Sand appartenant à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (Paris Centre).
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
L’album est de nouveau présentable et les photographies ne glissent plus !
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Série de diapositives « Paris vu du ciel » en traitement au Département pour la préservation du patrimoine photographique (D3P).
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Son parcours en 3 moments clés
2001 > Bruno sort diplômé de l’Institut national du patrimoine (Paris Centre)
2002-2017 > Il exerce le métier de conservateur-restaurateur de photographies en libéral au sein d’un atelier au Viaduc des Arts (12e)
2018 > Il rejoint l’Atelier de restauration et de conservation des photographies (ARCP), créé par Anne Cartier-Bresson en 1983 et devenu le Département pour la préservation du patrimoine photographique (D3P) en 2025
2002-2017 > Il exerce le métier de conservateur-restaurateur de photographies en libéral au sein d’un atelier au Viaduc des Arts (12e)
2018 > Il rejoint l’Atelier de restauration et de conservation des photographies (ARCP), créé par Anne Cartier-Bresson en 1983 et devenu le Département pour la préservation du patrimoine photographique (D3P) en 2025
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