1 lieu, 3 histoires : la fontaine Saint-Michel
Mise à jour le 01/09/2026
Pendant plus d'un an, la fontaine Saint-Michel (6e) a disparu derrière un échafaudage. Restaurée de fond en comble, elle retrouve enfin sa place au cœur du Quartier latin. L'occasion de revenir sur trois histoires qui ont façonné l'un des monuments les plus emblématiques de Paris.
#1 Une fontaine créée
pour cacher un mur
La fontaine Saint-Michel naît en pleine métamorphose de Paris sous Napoléon III. À partir de 1855, le préfet de la Seine, le baron Haussmann, lance de gigantesques travaux afin de moderniser la capitale et de créer de grands axes de circulation. Parmi eux figure le boulevard de Sébastopol, prolongé sur la rive gauche par l'actuel boulevard Saint-Michel.
Mais à l'emplacement du pont Saint-Michel, un problème apparaît rapidement : la nouvelle perspective débouche directement sur un immense mur pignon situé à l'angle de la rue Saint-André-des-Arts. Pour masquer cette façade jugée inesthétique, Haussmann commande alors une fontaine monumentale à l'architecte Gabriel Davioud, déjà auteur de nombreux aménagements et plusieurs monuments parisiens, dont le théâtre du Châtelet.
Inaugurée le 15 août 1860, jour de l'anniversaire de Napoléon Bonaparte, la fontaine impressionne immédiatement par ses dimensions : 26 mètres de haut, une façade entière occupée et un décor foisonnant inspiré de l'architecture italienne. Avec ses marbres colorés, ses bronzes et ses cascades d'eau, elle devient l'un des symboles du Paris haussmannien.
#2 Un Saint-Michel qui semble exécuter un pas de danse
Si la statue de Saint-Michel terrassant le démon attire tous les regards, son sculpteur reste largement méconnu. Francisque Duret, l'un des grands artistes français du XIXe siècle, nourrit pourtant une véritable passion pour les arts de la scène. Avant de se consacrer pleinement à la sculpture, il aurait même rêvé de devenir comédien.
Lauréat du prestigieux Grand Prix de Rome, il passe plusieurs années en Italie où il étudie le mouvement des corps et réalise de nombreuses sculptures de danseurs. Cette fascination se retrouve dans son Saint-Michel. Inspiré du célèbre tableau de Raphaël conservé au musée du Louvre (1er), l'archange paraît presque exécuter un saut avant de venir terrasser le démon. Une posture étonnamment dynamique qui donne toute sa force à la scène.
La statue monumentale en bronze est ensuite fondue par Victor Thiébaut, qui choisit même de l'exposer dans son atelier avant son installation, tant elle suscite la curiosité.
#3 Les Parisiens la trouvaient affreuse !
Avant d'imaginer l'archange terrassant le démon, Gabriel Davioud envisage plusieurs projets pour la sculpture centrale, dont une allégorie de la Paix… puis une immense statue de Napoléon Ier. Le pouvoir impérial retient finalement Saint-Michel, figure du Bien triomphant du Mal, une image qui évoque aussi l'autorité rétablissant l'ordre.
Mais ce choix ne convainc pas tout le monde. Lors de l'inauguration en 1860, la fontaine est vivement critiquée. Certains la trouvent trop chargée, d'autres jugent ses proportions maladroites ou son mélange de couleurs excessif. Les chroniqueurs rivalisent même d'humour. L'un compare ainsi la scène à « un étranger déguisé en ange de mélodrame » grimpant sur le dos d'un homme occupé à chercher une fuite d'eau. Un autre résume son avis en quelques vers :
« Dans ce monument exécrable,
On ne voit ni talent ni goût :
Le Diable ne vaut rien du tout,
Saint Michel ne vaut pas le diable. »
Ces moqueries n'empêcheront pourtant pas la fontaine de devenir l'un des monuments les plus emblématiques de la rive gauche. Classée monument historique en 1926, elle retrouve aujourd'hui son éclat grâce à un vaste chantier de restauration.
ABC dates
>1855 : lancement des grands travaux haussmanniens autour du boulevard Saint-Michel
>1858 : début de la construction de la fontaine Saint-Michel
>1860 : inauguration officielle du monument
>1926 : la fontaine est classée monument historique
>2025-2026 : travaux de rénovation de la fontaine
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