Laurine, horlogère, fait perdurer des objets de l’histoire

Portrait

Mise à jour le 08/01/2026

Portrait d'une horlogère de la Ville dans un atelier du 10e.
Dans un minuscule atelier du 10e arrondissement, Laurine Lottin restaure le temps. À 26 ans, cette agente de la Ville de Paris entretient et répare les horloges du patrimoine municipal, des pendules de cheminée aux mécanismes monumentaux dans l’espace public.
En poussant la porte de l'atelier près de la Place de le République, on entre dans un autre temps. Ici, les murs disparaissent derrière des horloges de toutes tailles et de toutes époques. Certaines sont démontées, d’autres sont silencieusement testées. « C’est ici que l’on passe 90 % de notre temps », explique Laurine Lottin, horlogère à la Ville de Paris depuis un peu plus de deux ans. Le reste de la semaine, elle est sur le terrain, notamment le lundi, consacré au remontage hebdomadaire d’une cinquantaine de pendules disséminées dans la capitale.

Restaurer, démonter… recommencer

Horlogère, Laurine l’est devenue presque par hasard. Après un parcours généraliste, elle ressent le besoin de « faire quelque chose de ses mains ». La découverte de la formation d’horlogerie du lycée Jean-Jaurès, à Rennes (Ille-et-Vilaine), agit comme une évidence. « Quand j’ai vu cette formation, je me suis dit tout de suite : c’est ce métier que je veux exercer. » Stages d’observation, CAP accéléré, brevet des métiers d’art, puis licence professionnelle en horlogerie : Laurine ne s’est plus arrêtée.
Dans l’atelier, chaque horloger travaille seul sur ses pendules. « On ne se les échange pas », précise-t-elle. Une journée type démarre par le déboîtage : sortir le mécanisme de son écrin, parfois en marbre, en général lourd et fragile. Puis vient le diagnostic : comprendre pourquoi l’horloge s’est arrêtée. « Ensuite, on démonte le mécanisme, on le nettoie, on répare les pannes, on teste. Et souvent, on recommence. »
La restauration d’une pendule prend en moyenne une à deux semaines. Une fois réparée, l’horloge est mise à l’essai, surveillée de près. « Là, par exemple, j’en ai quatre en cours », indique Laurine, désignant son établi et deux mécanismes silencieux à l’arrière de l’atelier.

Ressorts cassés et mécanismes capricieux

Les pannes sont multiples, mais certaines reviennent régulièrement. « Les ressorts cassent souvent, à cause de la force accumulée », explique l’horlogère. Autre point sensible : l’échappement, ce système délicat où chaque dent compte. « Les pièces sont tellement fines que le moindre décalage peut tout bloquer. » Ici, tout se joue parfois à quelques micromillimètres, invisibles pour l’œil non averti.
L’outillage est à l’image du métier : discret et précis. Pinces, tournevis, brucelles, marteaux… « C’est une profession aux mille outils », sourit Laurine. Mais plus encore que les instruments, c’est la patience qui fait l’horloger. « On peut passer des heures sur une seule panne. Démonter, remonter, redémonter… Il faut accepter que cela prenne du temps. »

Gardiennes du temps public

Toutes les horloges entretenues par Laurine appartiennent au patrimoine de la Ville de Paris. « On a un vrai rôle de conservation », souligne-t-elle. Certaines sont visibles en façade, dans les mairies ou sur des bâtiments publics. Et quand l’une d’elles s’arrête, les Parisiens le remarquent.

« Les gens appellent les mairies. Ils ont l’habitude de regarder l’heure sur ces horloges-là. »

Laurine Lottin
horlogère à la ville de paris
Lorsqu’une pendule cesse de fonctionner, l’équipe intervient rapidement. Déplacement, vérification, parfois simple remise en route. Si la panne est plus sérieuse, l’horloge rejoint l’atelier pour une restauration complète. « On cherche sans cesse à réparer. Comme c’est mécanique, on peut presque toujours refabriquer une pièce. » Dans les cas extrêmes, quand l’objet est trop dégradé, certaines pièces servent de support pédagogique aux stagiaires. « Mais cela arrive rarement. On essaye de sauver au maximum. »

Une horloge pour la garde

Parmi ses restaurations marquantes, Laurine cite celle d’une horloge monumentale située sur le parvis de la caserne de la Garde républicaine, face au métro Sully-Morland. « C’était un mécanisme que l’on ne voit pas souvent, sans sonnerie. Le câble qui retenait les poids avait lâché. » Une réparation délicate, menée pièce par pièce, jusqu’à redonner vie à l’ensemble. « C’était une chouette révision ! »
Si elle devait choisir une horloge préférée, ce serait celle-là. Et pour résumer son métier en une phrase, Laurine n’hésite pas : « Faire perdurer des objets de l’histoire. » Dans le silence feutré de l’atelier, le temps repart doucement. Tic-tac.
Default Confirmation Text
Settings Text Html