Une vie en Seine : Valentine Nazar, une ingénieure aux petits soins du fleuve

Interview

Mise à jour le 02/07/2026

Une vie en Seine : Valentine Nazar, ingénieure, cheffe du pôle qualité de l’eau et baignabilité
La Seine, c’est leur quotidien : par métier, par passion, ou parce qu’elle s’est imposée comme une évidence. Plus qu’un fleuve, la Seine est un souffle : le cœur battant de Paris, et celui de leurs vies. Du haut de ses 27 ans, cette ingénieure de la Ville de Paris, responsable du pôle qualité de l’eau et de la baignabilité, œuvre toute l’année pour que les Franciliens puissent venir s’y baigner sans danger une fois l’été venu. Mais pas seulement.
Lorsqu'elle observe la Seine, Valentine Nazar ne voit pas seulement un fleuve. Elle voit, sous la surface, la biodiversité qui s'y est développée ces dernières années, et tout le travail accompli pour rendre la baignade possible. Au quotidien, elle y devine aussi les modes de vie des Parisiens : « La Seine est un reflet de nos usages, de nos rejets, de nos comportements », dit-elle.
Responsable de la qualité de l’eau depuis octobre 2025, à la tête d’une équipe de 25 personnes au sein de la Ville de Paris, cette ingénieure de 27 ans consacre tout son temps à l’entretien du fleuve. Et pas seulement pour le bon plaisir des baigneurs estivaux.

Sous la surface

« Quand j'ai vu les athlètes olympiques sauter dans la Seine, j'ai ressenti une immense fierté »

Au printemps 2026, les journées de Valentine ont été largement consacrées à un même objectif : permettre le retour de la baignade dans la Seine. Un enjeu qu'elle connaît bien. Mobilisée lors des Jeux olympiques de Paris 2024, Valentine garde un souvenir fort de cet été pas comme les autres. « Quand j'ai vu les athlètes sauter dans la Seine, j'ai ressenti une immense fierté. Ça a été une vraie réussite collective. » Car derrière les belles images qui ont fait le tour du monde se cachent des années de travail et de suivi sanitaire.
Même lorsqu'elle n'est pas en service, Valentine reste attentive au sort du fleuve. Un soir, du côté de Bercy, elle n'hésite pas à aller à la rencontre de plusieurs personnes venues se baigner dans une zone non autorisée afin de les sensibiliser aux risques sanitaires. Une démarche qui ne lui vaut pas forcément les remerciements espérés. Peu importe : préserver la Seine (et ses usagers) ne s'arrête pas aux horaires de bureau. Plus qu'une mission, un sacerdoce.

Dans le flot du quotidien

« Penser à la biodiversité »

Suivi des analyses, réunions techniques, échanges avec les agents de terrain, préparation de la saison… Les missions s'enchaînent jour après jour. Surtout en cette période estivale, qui nécessite notamment de surveiller les concentrations d'Escherichia coli et d'entérocoques intestinaux, deux bactéries dont la concentration permet d'évaluer la qualité de l'eau de baignade. Et de l'autoriser ou pas.
Pouvoir se baigner dans la Seine est une chose. Mais Valentine n'oublie pas la biodiversité du fleuve et sa préservation : « C'est peut-être même l'objectif principal ! On parle beaucoup de la baignade, mais la biodiversité est aussi un indicateur de la bonne santé du fleuve », résume-t-elle. Pour l'ingénieure, l'enjeu dépasse largement les usages humains. Le retour progressif de nombreuses espèces de poissons constitue ainsi l'un des signes les plus encourageants des progrès accomplis ces dernières décennies.
En 2025, trois espèces de moules d'eau douce menacées ont même été identifiées dans la Seine. Plus symbolique encore, la réapparition de la mouche de mai, un insecte très sensible à la pollution dont la présence avérée confirme l'amélioration progressive de l'écosystème du fleuve.

À la source

« Je suis tombée amoureuse des égouts »

La sortie a de quoi surprendre, et fait même sourire Valentine. Et pourtant : lors d'un stage ouvrier effectué pendant ses études d'ingénieure, la jeune femme découvre un monde souterrain surprenant : les égouts de Paris. Là où beaucoup n'auraient vu qu'un univers sombre et austère, elle pénètre un milieu qui la passionne. « J'ai vraiment adoré cet environnement. À ce moment-là, j'ai su que je voulais travailler dans ce domaine. »
Quelques années plus tard, la jeune fille rejoint les équipes de la Ville de Paris et participe à l'un des projets les plus ambitieux menés autour du fleuve : le retour de la baignade dans la Seine. Un défi technique, sanitaire et environnemental qui fait écho à ce qui la motive depuis ses débuts : comprendre le fonctionnement de l'eau en ville et contribuer à sa préservation.
Face au changement climatique, aux sécheresses ou aux crues plus fréquentes, les défis restent nombreux. Pourtant, l'optimisme de Valentine demeure intact. « J'espère qu'un jour on pourra faire comme à Bâle, en Suisse, où les habitants vont au travail à la nage ! »