Romain Sabathier, homme-allié du féminisme
Interview
Mise à jour le 10/03/2026
Du partage des tâches ingrates à la lutte contre le masculinisme et le « pénispliqué » (mansplaining), l’auteur-conférencier nous donne les clés pour devenir un « homme-allié ». Interview de Romain Sabathier, pour qui l’égalité femmes-hommes est une question de justice sociale, mais aussi une libération pour les hommes.
Journée internationale des droits des femmes, le programme 2026
Un peu partout dans Paris.
Du dimanche 01 mars 2026 au mardi 31 mars 2026
Quelle est votre définition de « l’homme-allié » ?
Être un homme-allié, c’est d’abord acter que les inégalités persistent. Loin de toute culpabilité individuelle, il s’agit de comprendre que ce système historique nous dépasse. Pour ma part, mon « Eurêka » s’est manifesté en 2009 à l’Assemblée nationale. J’y ai découvert un continent d’inégalités que je sous-estimais, alors que j’étais déjà engagé pour la justice sociale.
On ne naît pas féministe, on le devient en comprenant que l’on hérite de privilèges, qu’on le veuille ou non.
auteur-conférencier
Devenir allié demande de faire un pas de côté pour identifier comment les normes de genre influencent notre éducation, notre travail ou notre vie de couple. En prenant le temps de l’écoute et de la documentation, les hommes peuvent enfin agir partout où il se trouve : en tant que fils, conjoint, collègue ou ami. C’est un choix actif pour participer à une transition égalitaire nécessaire à toute la société. Dans ce contexte, nous pouvons soit être acteurs de ce changement et fournir les efforts indispensables pour l’accélérer, soit laisser encore aux femmes le soin de porter seules la charge mentale, matérielle et politique de ce combat, et rester au statut d’homme-frein actif (comme les masculinistes) ou passif.
Pourquoi un homme, qui bénéficie souvent d’un statut « dominant », aurait-il intérêt à ce que les choses changent ?
C’est une question de justice
sociale. Tout comme on peut lutter contre le racisme sans être une personne
racisée, on peut vouloir l’égalité parce qu’on refuse une société injuste. Mais
au-delà de l’éthique, les hommes sont aussi les « covictimes » des
stéréotypes. Sortir de ces cases, c’est s’offrir une liberté d’improvisation et
une richesse de vie bien plus grande que le simple maintien d’un pouvoir
hérité. J’aime utiliser cette image des jeux de rôle : la transition
égalitaire consiste à réinventer des règles communes pour laisser plus de place
aux individualités.
Dans la vie de tous les jours, comment agir quand on est un homme sans pour autant « prendre toute la place » ?
Il faut être vigilant sur la
répartition de la parole et de la visibilité pour éviter « l’escalator de
verre », dont j’ai moi-même pu faire l’expérience :
cette tendance du système à survaloriser un homme dès qu’il s’exprime sur
l’égalité. Mon conseil est de laisser les personnes concernées en première
ligne. Au quotidien, cela signifie aussi éviter le « pénispliqué »
(mansplaining) : ne pas expliquer le féminisme à des femmes qui le vivent
de l’intérieur.
Un bon allié sait se mettre en retrait pour laisser la place aux idées et aux expertises des femmes.
auteur-conférencier
Cet équilibre vaut aussi au travail,
où les hommes doivent apprendre à assumer leur part des tâches invisibles mais
essentielles au collectif (organisation d’une cagnotte ou l’accueil émotionnel
d’un collègue), et souvent délaissées aux femmes.
Vous parlez justement de « tâches invisibles ». Est-ce là que se joue la vraie bataille de l’égalité au quotidien ?
Tout à fait. Si les études montrent
que les tâches parentales évoluent, les chiffres du domaine domestique
stagnent : les hommes n’y consacrent que dix minutes de plus par jour
qu’en 1980. En comparaison, les femmes y passent moins de temps qu’avant, mais
c’est surtout grâce aux progrès technologiques (machine à laver, aspirateur
connecté) plutôt qu’à un meilleur partage. On observe souvent un « tri
sélectif » : les hommes s’investissent volontiers dans ce qui est
visible ou valorisant, comme la cuisine du week-end ou l’histoire du soir.
Être un allié, c’est prendre sa part
des corvées routinières et invisibles, comme le ménage, les devoirs, le bain.
Il faut arrêter de survaloriser ce que l’on fait dès que c’est
« contre-stéréotypé ». Pousser une poussette n’est pas un acte
héroïque, c’est la normalité. En somme, l’allié passe de la parole à une action
concrète, souvent silencieuse, mais transformatrice.
Travailler sur sa propre masculinité est-il un passage obligé pour soutenir le féminisme ?
Oui, car la division sexuelle repose
sur une injonction : l’homme doit être le pourvoyeur financier et la femme
la pourvoyeuse de soin. Verbaliser que l’on part plus tôt pour s’occuper d’un
proche ou prendre l’intégralité de son congé paternité, c’est politique. C’est
montrer qu’il n’y a pas de « gène féminin » du soin, mais une responsabilité
humaine partagée.
Pour aller plus loin
> un ouvrage : Le Féminisme, pour les Nul.le.s, de Margaux Collet, Claire Guiraud, Mine Gunbay et Romain Sabathier (Éditions First, 2025)
> une BD : L’Arnaque des nouveaux pères, de Stéphane Jourdain, Guillaume Daudin et Antoine Grimée (Glénat, 2024)
> un podcast : Les couilles sur la table (Binge Audio)
> une BD : L’Arnaque des nouveaux pères, de Stéphane Jourdain, Guillaume Daudin et Antoine Grimée (Glénat, 2024)
> un podcast : Les couilles sur la table (Binge Audio)
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