Lucie, restauratrice archéologique, révèle les objets enfouis à Paris
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Mise à jour le 11/02/2026
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Lucie Altenburg œuvre dans l’ombre pour redonner vie aux trésors du passé. A l'occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, le 11 février, coup de projecteur sur les gestes experts de la conservatrice-restauratrice du pôle archéologique de la Ville de Paris.
Saviez-vous que Paris possède un patrimoine archéologique extrêmement riche, qui s’étend de la préhistoire à l’époque contemporaine ? Céramiques, ossements, outils, objets en métal ou en stuc, fragments de verre… Plus de 100 000 lots retrouvés dans les entrailles de la capitale sont conservés au pôle archéologique de la rue du Pré (18e) ! Et une seule conservatrice-restauratrice, Lucie Altenburg, stabilise et nettoie ce patrimoine exceptionnel. Son rôle, discret, est central : sans ses compétences, bien des découvertes ne seraient jamais identifiées.
La technologie au service des découvertes
C’est au laboratoire que les objets trouvés par les archéologues sont révélés.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Lucie part souvent d’une motte de terre récupérée sur site pour terminer la fouille au laboratoire.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Grâce aux rayons X, on découvre ce qui se cache sous la corrosion !
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Appareil à radiographie : technique d’imagerie par rayons X au pôle archéologique.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
La bossette de harnachement, une pièce issue d’un harnais de cheval, mise au jour rue des Blancs-Manteaux (Paris Centre).
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Un objet en bois prélevé en milieu humide est placé au congélateur avant de passer au lyophilisateur.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Lyophilisateur du pôle archéologie de la Ville de Paris.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Cette bourse en cuir datant du XIIe siècle a été trouvée boulevard Saint-Michel (5e). Seul un lyophilisateur permet sa conservation hors du milieu humide.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
« Les fouilles menées à Paris tout au long de
l’année sur les chantiers produisent chaque jour un flot d’objets. Mais ceux-ci
sont souvent recouverts de couches de corrosion, si bien que les archéologues
ne savent pas toujours ce qu’ils ont découvert. Et c’est au laboratoire que je
vais les révéler », explique Lucie.
Deux technologies l’aident dans ce travail minutieux.
D’abord, une machine à rayons X, adaptée sur mesure pour l’archéologie :
elle radiographie les objets métalliques et permet de distinguer ce qui se
cache sous la gangue. Le département d’Histoire de l’architecture et d’Archéologie
de Paris (DHAAP) est le premier service municipal en France à s’en être équipé
il y a cinq ans. « On part parfois d’une masse orangée, dense, et on en
révèle les contours invisibles en quelques secondes ! » se réjouit
la restauratrice.
Lucie se souvient avec émotion d’une
découverte : une bossette de harnachement – un élément décoratif ou fonctionnel d’un harnais de cheval – mise au jour rue des
Blancs-Manteaux (Paris Centre). À la radio, les détours ultraprécis d’une
salamandre apparaissent : l’emblème de François Ier permet de dater l’objet avec précision.
On part d’une masse orangée et on en révèle les contours invisibles en quelques secondes !
Conservatrice-restauratrice en archéologie
L’autre appareil est une machine acquise en tout début
d’année. Entre pros, ils l’appellent « la lyo »… C’est un
lyophilisateur utilisé pour enlever l’humidité d’un produit par séchage à
froid, conçu à l’origine pour la biopharmacie. Il permet désormais de sécher et
conserver les objets organiques – bois, cuir, liège – sans les déformer. « Une
révolution, à l’heure où les fouilles de Notre-Dame et de l’Hôtel-Dieu
promettent de nombreuses découvertes en milieux humides », souligne Lucie.
En effet, lorsque les archéologues
dénichent des bols ou des ustensiles en bois sous des couches argileuses, ils
n’ont que quelques minutes pour les mettre dans l’eau, sans quoi, au contact de
l’oxygène, ils risquent de pourrir. Ce n’est qu’une fois lyophilisés qu’ils
peuvent être manipulés.
Scalpel à la main
Dans son laboratoire, Lucie scrute au microscope une boucle de ceinture gallo-romaine.
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Lucie intervient le moins possible sur les objets, pour ne pas les altérer.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Elle peut aussi se servir d’une sableuse de précision.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Lucie ôte les graisses sur une fibule.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Produits corrosifs dans le laboratoire de Lucie Altenburg, restauratrice en archéologie.
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Ludivine Boizard / Ville de Paris
Si elle sait manipuler des
dispositifs à la pointe de la technologie, l’essentiel du travail de Lucie se
déroule sous microscope, scalpel à la main. Une fois qu’elle a repéré les
fibules romaines, les plaques de ceinture, les bagues ou les nécessaires de
toilette antiques à la radio, à elle de gratter délicatement la rouille pour
nettoyer les couches de corrosion. L’utilisation d’une sableuse manuelle l’aide aussi à
venir à bout des objets les plus altérés. « Après avoir révélé une boucle
de ceinture ou des pièces de monnaie ancienne, j’applique au pinceau une série
de produits pour enlever graisses, sable ou fibres de coton, mais également pour
les stabiliser. Parfois, j’ai l’impression d’être une vraie chimiste avec
toutes ces fioles d’éthanol, d’acétone ou de Paraloid B72 (une résine synthétique) ! »
Si son métier comprend l’intitulé de restauration, Lucie
intervient le moins possible sur les objets pour ne pas les modifier à outrance.
« On ne va pas faire de l’esthétique en réparant une pièce de monnaie
brisée ou en recousant les trous d’une bourse en cuir. Il y a un code de déontologie à
respecter. Celui-ci spécifie notamment que toute procédure de conservation et
de restauration doit être documentée et aussi réversible que possible. »
D’Indiana Jones à la rue Cujas
La restauration en archéologie, c’est aussi résoudre un puzzle !
Crédit photo :
Ludivine Boizard / Ville de Paris
Âgée de 33 ans, Lucie Altenburg a rejoint la Ville de
Paris en septembre 2021. Passionnée depuis l’enfance par les contes et légendes
de l’Égypte ancienne et le blockbuster Les Aventuriers de l’arche perdue, elle s’est d’abord
rêvé égyptologue. La restauration, introduite par l’un de ses professeurs, est
un déclic : « C’est encore plus chouette que le terrain. On
manipule des objets en permanence. J’aime cette polyvalence qui me permet de
restaurer aussi bien une clef médiévale trouvée dans les
fouilles de la rue Cujas (5e) qu’un sarcophage de 3 mètres. »
J’aime cette polyvalence qui me permet de restaurer aussi bien une clef médiévale qu’un sarcophage de 3 mètres
Conservatrice-restauratrice en archéologie
Lucie insiste sur les qualités
requises pour exercer cette profession méconnue : être manuel, patient,
savoir dessiner, mais aussi avoir étudié les sciences dures, comme la chimie et
la physique… et aimer résoudre des puzzles en trois dimensions. Car oui, de temps en temps,
c’est en mille morceaux que lui arrivent un vase en céramique, des pots en
verre… ou un crâne humain ! « C’est touchant de manipuler tous ces objets qui
ont 800, 1 000, 2 000 ans ! Je repère parfois des marques ou les
initiales d’un propriétaire. Cela humanise toutes ces découvertes, et me
renvoie à leur utilisation et à l’histoire. »
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