3 questions à Hugues Lawson-Body, photographe de la jeunesse parisienne

Interview

Mise à jour le 22/09/2025

Portrait du photographe Hugues Lawson Body dans le métro parisien.
Il a passé plus de vingt ans à les observer, les étudier et les magnifier. Aujourd’hui, Hugues Lawson-Body présente ses « Jeunes Parisiens » sur les grilles de la Tour Saint-Jacques. Une exposition vivante, riche et sensible qui rend hommage à cette jeunesse parisienne, capturée en 2010 et en 2025. 3 questions à Hugues Lawson-Body.

1 > Comment est né le projet « Jeunes Parisiens » qui, au départ, est un livre de photos publié en 2010 ?

À l’aune de mes 33 ans, je me rends compte que j’interagis différemment avec la jeunesse. En 2005-2007, c’est la tecktonik, que je vois naître dans le centre de Paris mais aussi dans le 20e, qui me saisit. En commençant à photographier ces jeunes, je réalise avec mon ami Arthur qu’aucun livre photo ne parle de cette jeunesse et qu’il faut le faire !
Pendant trois ans, j’arpente alors tous les quartiers de la capitale, en m’arrêtant à la sortie des collèges ou des lycées. Je voulais capturer la spécificité de cette jeunesse parisienne, qui se distingue des autres par son histoire et son style particuliers, mais aussi casser certains clichés, en montrant un Paris réaliste.
Voir aujourd’hui ces photos exposées dans la rue, c’est une expérience folle. Samedi dernier, j’étais rue de Rivoli, d’où j’écoutais et observais les passants. Quel bonheur d’entendre leurs retours positifs et de constater, qu’importe leur âge, qu’ils se reconnaissent dans ces images !

2 > Comment décririez-vous cette jeunesse parisienne ?

Paris est magique et sa jeunesse aussi. Elle est multiple, multiculturelle, originale, soignée. Elle est aussi chevelue, crépue, punk. Une chose qui me frappe : c’est sa conscience de son environnement. Je ne dirais pas qu’elle est plus politisée, elle a, en revanche, une sensibilité différente à ce qui se passe autour d’elle. Un changement sans doute dû à la digitalisation de la société.

La jeunesse parisienne est multiple, multiculturelle, originale, soignée. Elle est aussi chevelue, crépue, punk.

Hugues Lawson-Body
photographe
Et en même temps, je trouve qu’il y a une certaine résurgence de jeunes gens qui veulent se différencier de la masse, en n’ayant pas de portable, en n’allant qu’à des concerts d’artistes émergents, en achetant des vinyles ou en shootant uniquement à l’argentique. Je pense qu’on a beaucoup à apprendre d’eux, car elle est inspirante. Je prépare d’ailleurs la suite de « Jeunes Parisiens » qui mérite un deuxième livre. Il sortira normalement en 2026 et comprendra quelques portraits de jeunes photographiés dans leurs chambres.

3 > Comment choisissez-vous les modèles que vous photographiez ?

J’ai grandi en regardant les images de Doisneau, Depardon, Cartier-Bresson, Willy Ronis ou encore Bettina Rheims. J’aime le regard qu’ils portent sur leurs villes et leurs habitants. Mon travail est empreint du même humanisme : je ne veux montrer que des choses positives. Même si je comprends le goût pour le trash, ce n’est pas mon approche : il ne me convient pas ni ne me nourrit.
Ce que j’aime, en revanche, c’est me promener avec mon boîtier et mon réflecteur et observer celles et ceux qui disent à travers leurs looks : « Je suis beau ! Regardez-moi ! ». Lorsqu’ils sont devant mon objectif, je souhaite qu’ils restent fidèles à ce qu’ils sont. Je fais des portraits en pied, en taille, d’autres plus serrés, des close-up. Je m’intéresse surtout aux détails : un signe religieux, une chaîne, un sac, un tatouage. Le petit questionnaire que je leur fais remplir me permet également de comprendre davantage qui ils sont. C’est important.
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